Lancement d’une toute nouvelle marque

France

Cette semaine, nous poursuivons notre conversation avec Fanny Grosbois, la jeune styliste à l’origine de la création de Les French Demoiselles, une marque indépendante basée à Paris. Nous lui avons demandé comment et pourquoi elle a décidé de lancer sa propre marque et quels sont les conseils qu’elle pourrait prodiguer aux jeunes stylistes désireux de suivre la même voie.

La marque Les French Demoiselles associe des éléments issus des tenues masculines des années folles, avec de la dentelle artisanale et des motifs traditionnels du sud de la France. La semaine dernière, Fanny nous a expliqué la démarche adoptée pour que sa marque conserve sa taille humaine et son approche axée sur le développement durable et nous a fait découvrir le nouveau tissu innovant, fabriqué à partir de bouteilles en plastique recyclées, qu’elle a utilisé dans sa dernière collection.

 

Robe Berkeley - Les French Demoiselles - Collection printemps été 2015

Avez-vous toujours voulu être créatrice de mode ?

Ah non, pas du tout ! J’ai emprunté quelques chemins détournés avant de m’orienter vers la création de mode — J’ai passé un BAC économique et social. Je suis ensuite allée à la faculté pour étudier les langues. Et j’ai eu une période où j’ai hésité à faire mes études dans le stylisme ou dans le journalisme.  Donc, je suis restée à peu près deux ans à la faculté. J’en ai eu assez parce que j’étais plus souvent dans le café du coin à papoter et à refaire la vie avec des amis. Donc j’ai arrêté la faculté en plein semestre, j’ai travaillé dans une boutique de prêt-à-porter pour ne pas perdre mon temps et pour me faire un peu de l’argent aussi et ensuite je suis retournée au lycée pour faire ce qu’on appelle un BTS : « Mode, textiles et environnement ».

 

Et après avoir obtenu votre diplôme de stylisme, saviez-vous ce que vous vouliez faire ?

Déjà, je savais que je voulais monter sur Paris, c’est donc ce que j’ai fait.  Je savais que je voulais travailler et  acquérir un maximum d’expérience professionnelle dans le textile. Donc, j’ai travaillé avec des jeunes créateurs, avec des créateurs plus confirmés. j’ai également travaillé comme styliste à cette époque-là. Pendant cette période je suis également partie en Chine pour visiterdes usines et j’ai eu ce qu’on va appeler un déclic : je voulais créer ma propre marquemais surtout construire une marque avec une démarche éthique et éco-responsable.

 

 

Pouvez-vous nous raconter ce que vous avez fait une fois que vous avez pris la décision de lancer votre propre marque ?

Pour lancer une marque, il faut avoir une solide idée de ce que l’on veut faire.

Après, c’est tout ce que j’appelle la partie « réaliste » du projet. Créer une marque, c’est comme créer une société. Comment produire, rencontrer des partenaires, se faire aider… La création d’une société, ce n’est pas évident mais il y a des sites internet qui m’ont beaucoup aidée. J’ai également fait une formation de gestion qui m’a permise de  d’avoir un pied dans le monde de l’entreprise: la comptabilité, l’administration,  l’INPI, la protection des droits d’auteurs, le juridique, le financement… C’est le côté le moins glamour du projet ! (rires)

J’ai beaucoup échangé avec des personnes qui ont vécu cette expérience - des personnes rencontrées lors de salons, des réseaux professionnels et les réseaux personnels aussi.

Et puis, je me suis dit : je suis jeune, je n’ai pas d’enfant, j’ai la vie devant moi, c’est maintenant ou jamais où il faut que je me lance. J’avais vraiment une idée de création dans la tête. Et j’avais un peu d’argent de côté aussi. Je me suis dit, « On y va ».
 

 

Robe Leslie - Les French Demoiselles - Collection printemps été 2015

Comment avez-vous financé votre marque ? Avez-vous recherché des investisseurs ?

Non, j’ai financé majoritairement le projet. J’ai eu ce qu’on appelle la « love money » qui n’est pas négligeable. C’est un prêt d’argent de proches.

En ce qui concerne les investisseurs, c’est venu après, parce que je voulaisapporter un projet concret qui a déjà une « ancienneté » pour montrer qu’il marche et qu’il peut évoluer.
 

 

Comment avez-vous fait pour trouver des acheteurs et vendre vos créations dans les magasins ?

J’ai démarché les boutiques. Je suis rentrée avec des prototypes et j’ai montré mes créations avant de les produire en masse. Le jeunes stylistes ne devraient pas hésiter à faire circuler leurs créations pour avoir des retours, pour lesadapter et lesaméliorer. Et voilà. Aller voir les boutiques, taper aux portes. 

Il faut aussi faire une étude de marché. La création d’une entreprise, c’est ça. Faire un business plan, observer la concurrence, le marché. qu’est-ce que je vais apporter de plus sur le marché, est-ce que ça existe, est-ce que ça n’existe pas ? Ne pas hésiter à poser des questions à ses proches : « Comment tu t’habilles ? Où tu t’habilles ? As-tu beaucoup aimé ce que tu as acheté ? Combien de fois l’as-tu porté ? Qu’est-ce qui te plaît ou ne te plaît pas ? Qu’est-ce que tu aimerais voir ? » Il faut y aller. Il ne faut pas rester derrière son ordinateur, ça c’est sûr.

 

Donc, vous avez contacté les magasins vous-même en disant : « Bonjour, j’ai quelques échantillons que j’aimerais vous montrer. Pouvons-nous nous rencontrer ? »

Exactement. Il faut y aller, il faut bouger, il faut faire les choses.

 

Robe Moussy - Les French Demoiselles - Collection printemps été 2015

Est-ce que ce sont les magasins qui vous contactent maintenant ?

Ça arrive. La marque Les French Demoiselles est encore très jeune mais nous n’en sommes plus à notre première année.  Quelques boutiques me contactent maintenant. Mais c’est vrai qu’au début, c’est moi qui aie fait la démarche.

 

Avez-vous un showroom ?

Non. Je prends des rendez-vous avec mes clientes pour présenter la collection.

 

Comment une jeune créatrice peut-elle parvenir à se faire un nom dans ce milieu ?

Il ne faut pas hésiter à participer à des petits salons de créateurs. Parce que ça permet, déjà, de confronter son produit à la clientèle. Et puis, parfois, il y a des responsables de boutiques, des journalistes, des bloggeuses… Vous ne savez jamais quand vous pouvez être « découverte ». Quand j’ai eu des articles de presse, ça s’est passé comme ça.

J’ai une grande affection pour Elodie Van Zele, bloggeuse de Chut Mon Secret, qui soutient Les French Demoiselles depuis le début de l’aventure et qui déniche toujours de bons plans dans ma ville natale, Marseille !

 

Robe Windy Cocoa - Les French Demoiselles - Collection printemps été 2015

 

 

Pensez-vous augmenter vos ventes en magasins ? Comment faites-vous la promotion de la marque ?

Ça dépend de chacun en fait. Il y a des jeunes créateurs qui allouer tel budget à la publicité ou àl’événementiel. Personnellement, j’aime bien développer les ventes privées, mais dans des appartements de particuliers pour créer une interaction avec des filles, c’est assez sympa.

Et puis il y a Internet et les réseaux sociaux. Je n’ai pas de newsletter mais c’est en prévision. Etj’espère, dans le premier semestre 2015, développer et créer mon e-shop.
 

 

Avez-vous des conseils à donner aux jeunes créateurs de mode ?

Je leur dirais qu’il faut y aller. Qu’il faut foncer. Qu’il faut se faire plaisir. Mais aussi qu’il ne faut pas dénigrer les autres. On peut avoir une super idée mais il faut se dire que la réussite de l’aventure ne se fait pas toute seule, elle repose aussi sur les intervenants, les partenaires que vous avez autour de vous.

Moi, j’ai créé ma marque mais je ne suis pas seule. Il y a l’atelier des modélistes avec lesquelles je travaille depuis le début, les fournisseurs, les bloggeuses et mes amis, tous y contribuent. La photographe avec laquelle je travaille est aussi une amie. Tout dépend de votre entourage.

Mais c’est surtout qu’il faut se faire plaisir. Si on a une belle idée, il faut y aller, tenter l’impossible.

 

La marque Les French Demoiselles est vendue en France dans des boutiques à Paris, Marseille et Strasbourg. Elle est également disponible sur certaines boutiques en ligne.

* Toutes les photos sont reproduites avec l’aimable autorisation de Florie Berger.